Interprétation des sismogrammes
Les tracés de données sismiques (sismogrammes) offrent un enregistrement visuel
de l’activité sismique ainsi que des autres vibrations engendrées dans la Terre
par des activités de l’homme ou des phénomènes naturels. Par exemple, les
sismographes
placés près des routes de navigation peuvent détecter le passage des cargos et
des navires de croisière. Ceux qui sont installés près des voies ferrées
permettent la détection du passage des trains. Les sismographes placés en des
endroits exposés, surtout le long de la côte Ouest détecteront les vibrations
du sol causées par de grands vents. Ces instruments sont sensibles même aux
vibrations les plus infimes et peuvent détecter les signaux produits par des
séismes éloignés de milliers de kilomètres.
Les
tracés horaires présentent des
données couvrant des intervalles d’une heure enregistrées simultanément en un
nombre choisi de stations sismographiques. Une très grande quantité de données
est comprimée en une petite image, ce qui ne fournit qu’une vue d’ensemble très
«grossière» des signaux sismiques captés. Les tracés fournissent un «premier
aperçu» de l’activité sismique permettant d’entreprendre une analyse plus
détaillée des intervalles d’intérêt pour des stations particulières.
Échelle de temps
Comme on peut le voir ci-dessous, une échelle de temps est associée à chaque
tracé de données. L’heure du début de chaque tracé se trouve à l’angle inférieur
gauche et le temps augmente en allant vers la droite. L’échelle de temps utilise
le temps universel (TU) (aussi parfois appelé temps moyen de Greenwich ou en
anglais Greenwich Mean Time, GMT) dont il faut soustraire 8 heures pour obtenir
l’heure normale du Pacifique (HNP) ou 7 heures pour obtenir l’heure avancée du
Pacifique (HAP). Il faut en outre prendre en considération la date du tracé
puisque, par exemple, 0600 h TU le 12 juin correspond à 2300 h HAP le 11 juin.
Signaux de stations

Codes de stations Chaque ligne horizontale de signal (une «trace») représente
l’intensité, ou «amplitude», du signal capté à l’emplacement d’une station
individuelle pendant un intervalle d’une heure. Toutes les traces ont les mêmes
heures de début et de fin, ce qui permet au sismologue de constater facilement
la différence de temps entre des événements sismiques en plusieurs stations.
Chaque station intégrée au
Réseau national sismologique canadien
est identifiée par un code unique comportant de 3 à 5 lettres. Par exemple, le
code PNT est celui de la station de Penticton (C.-B.) et le code BIB est celui
de la station de l’île Bowen (C.-B.). Sur les tracés sismiques, un code de trois
lettres est ajouté comme suffixe au code de la station afin d’indiquer au
sismologue des caractéristiques du signal du sismographe. Par exemple, «.BHZ»
indique un sismographe large bande à gain élevé orienté suivant l’axe Z
(mesurant les mouvements de haut en bas de la Terre). Le code «.EHZ» indique
un sismographe de période extrêmement courte à gain élevé également orienté
suivant l’axe Z. Tous les signaux représentés sur les sismogrammes affichés
proviennent de sismographes orientés suivant l’axe Z pour permettre les
comparer facilement. L’application de relations trigonométriques permet de
déterminer l’emplacement exact du séisme d’après les différences de temps
d’arrivée d’un même signal en plusieurs stations puisque l’on connaît la
vitesse à laquelle se déplace les signaux dans l’écorce terrestre.
Signaux de séismes

Signaux de séismes Le jeu échantillon de signaux reproduit à droite est
représentatif de ceux enregistrés lors d’un petit séisme local. On remarque que
le côté gauche ou «du début» de chaque «impulsion» est très net. Cela indique
que le signal capté est devenu très intense en un très court intervalle et cette
forme de la trace est caractéristique du signal d’un séisme. Sur ces tracés,
l’amplitude du signal est tellement grande qu’elle atteint le niveau maximum et
est «écrêtée», ce qui lui confère au signal un sommet plat. Après un certain
temps, l’intensité du signal commence à décroître alors que l’énergie du
séisme se résorbe graduellement en fonction du temps. D’autres impulsions
peuvent se manifester peu de temps après l’arrivée du premier signal. Elles
peuvent résulter de répliques ou d’autres signaux engendrés par le même séisme
et qui se sont déplacés à moindre vitesse dans la Terre. Il y a deux types de
signaux primaires, appelés ondes S et P, et ils se déplacent de manière
différente et à différentes vitesses. Comment sait-on qu’il s’agit d’un petit
séisme? On constate que le signal n’a pas été capté par plusieurs stations plus
éloignées. L’énergie libérée par le séisme n’était pas suffisante pour que le
signal parcoure de plus longues distances, ce qui fait que seulement les
stations à proximité ont pu le détecter. On constate en outre que le signal a
atteint certaines stations plus tôt que d’autres. Cette information servira à
déterminer l’emplacement du séisme.
Autres sources de signaux.
Les sismographes sont tellement sensibles qu’ils permettent de détecter de très
faibles vibrations dans la Terre. Par exemple, la station CNSN installée à la
pointe Watts (WPB), au nord de Squamish (C.-B.) détecte le passage des
trains.
Le signal engendré par le passage d’un train est perceptiblement différent de
celui d’un séisme par le fait que son intensité augmente progressivement à
mesure que se rapproche le train; il atteint une valeur maximalelorsque le
convoi atteint le «point d’approche minimale» ou PAM, puis diminue
progressivement à mesure que s’éloigne le train. On peut également voir des
signaux engendrés par le passage de trains sur les sismogrammes enregistrés par
la station BLBC, près de Blue River (C.-B.), qui se trouve près de la ligne de
chemin de fer reliant Vancouver à Edmonton.

Il en va de même pour les gros navires de croisière qui engendrent beaucoup de
vibrations dans la Terre. Notre station de Bella Bella (BBB), installée le long
de la côte du Pacifique, capte les signaux de
navires à
destination ou en partance de l’Alaska. Ces signaux présentent des
caractéristiques similaires à ceux engendrés par les trains en ce sens que leur
intensité augmente progressivement jusqu’au PAM, puis diminuent d’intensité
lorsque le navire quitte la région. L’intensité du signal cependant est moins
uniforme et il peut présenter plusieurs pics et creux pendant l’intervalle où il
est capté. Voici un exemple de signal enregistré par un navire passant au large
de BBB.
Les sismographes détectent en outre les
explosions. Les signaux
qu’elles engendrent sont très similaires à ceux des séismes. Les activités
minières et de construction sont souvent enregistrées par les stations situées à
proximité. Voici un exemple enregistré à l’île Texada en C.-B.

La plupart du temps, il s’agit de très faibles signaux qui ne sont captés que
par quelques stations dans les environs. Cependant, les grosses explosions,
comme celles résultant d’essais nucléaires, peuvent être détectées par un grand
nombre de stations. Le Canada fournit des données sismiques à des organismes
internationaux responsables de la surveillance des essais nucléaires dans le
monde.
Le
ventconstitue une autre source de bruit dans le réseau
sismologique. Les forts vents, comme ceux balayant la côte ouest de la C.-B.,
peuvent engendrer des vibrations pendant des intervalles de plusieurs heures.
Notre site sismographique de la péninsule Brooks, au nord-ouest de l’île de
Vancouver, est installé au sommet d’une montagne souvent balayée par de grands
vents. Voici un exemple de signal engendré par le bruit du vent :
Bruit du système
Les signaux captés par les stations sismiques sont acheminés aux centres de
données de Séismes Canada par diverses voies électroniques. Chaque station est
essentiellement équipée de son propre système informatique qui numérise les
données enregistrées par son sismographe pour transmettre ces données numériques
par un ou plusieurs satellites, par système terrestre de micro-ondes, par
liaison radio UHF, par modem téléphonique ou par Internet. Si l’une ou l’autre
des composantes du système tombe en panne, ou est perturbée par des conditions
atmosphériques ou autres, il y a perte du signal ou un bruit d’une forme ou une
autre est introduit. En outre, le système informatique à la station s’étalonne
automatiquement chaque fois qu’il est remis en marche, ce qui peut engendrer une
étrange impulsion transitoire qui est cependant facile à reconnaître.